Tribulations d'une parisienne/eurasienne en Chine, dans la Caraïbe et ailleurs.
Une république bananière, voilà ce qu'est devenue la Martinique. 33 jours de grève générale, 33 jours de dictature d'un collectif autoproclamé représentant du peuple, dans le plus grand mépris de la démocratie. Et encore, 33 jours... peut-être plus, car ce n'est pas fini!
Aujourd'hui je me lâche. Tous les jours à la radio, je fais mon boulot de la façon la plus équilibrée possible. Un peu comme lors des élections, en chronométrant quasiment les temps de parole. Cher lecteur, ce n'est pas l'avis d'une journaliste que vous lisez ici, mais celui d'une citoyenne révoltée... et notez bien qu'il n'engage que moi.
Des zones industrielles et commerciales bloquées depuis plus d'un mois par des barrages de militants enragés dans le plus grand mépris de la liberté constitutionnelle d'aller et venir. Des grandes surfaces fermées de force par des manifestants, au mépris du droit des travailleurs -des masses laborieuses comme dirait notre Marxiste-Léniniste locale- à aller travailler. Un blocage du port, centre nerveux d'une économie insulaire, et des milliers de conteneurs de produits frais qui pourrissent sur le terminal, plus de 10 millions d'€ de marchandises déjà gaspillées. Et au milieu de tout cela, ma future Playstation3 que j'attends toujours...
Ici, les gens ont peur. Peur d'ouvrir leur magasin, petite boutique ou grande surface. Peur de se ballader le soir en centre ville. Peur d'être seul blanc au milieu des noirs. Car il ne faut pas se leurrer, le conflit a pris une très inquiétante tournure raciale. Vendredi matin, une manifestation de non-grévistes a viré au cauchemar. Un cortège de 6 km de véhicules d'agriculteurs, d'artisans et de chefs d'entreprise venus réclamer la réouverture des zones d'activité a été pris en embuscade par des gens qui portaient des T-shirts aux couleurs du collectif (Militants? Électrons libres? Voyous déguisés?). Après avoir érigé un barrage sur la rocade, ils ont remonté la colonne des voitures coincées dans l'embouteillage à la recherche des blancs, békés ou métros, qui s'y trouvaient. Ceux-là ont été molestés, rackettés et leurs voitures vandalisées. Pare-brise explosés, pneus crevés...
Un de mes collegues, blanc de peau, s'est fait insulter « c'est à cause de ta sale race qu'on en est là ». Moi j'ai déjà eu droit au « béjé chinois pwofitasyon ». Chinois et béké, c'est un concept que je connaissais pas.
La Martinique ne ressemble plus à un département français d'Outremer, mais bien à une république bananière. Tous ceux qui ne sont pas avec le collectif sont contre le collectif et n'ont pas le droit de cité. Lui seul a le monopole de la manifestation et quand les non-grévistes paradent: « c'est de la provocation »!
La liste des revendications s'allonge tous les jours. Maintenant qu'ils ont pris goût à imposer leurs quatre volontés, les leaders du collectif n'ont plus envie de s'arrêter, n'ont pas envie de retomber dans l'oubli. Je me rappelle il y a 3 semaines, en séance plénière de négociation, on a même perdu 1/2h à parler de la lutte contre la prolifération des chiens errants... Alors ok, pwofytasyon et prolifération ont une consonnance approchante, mais faut pas pousser. La lutte pour l'augmentation du pouvoir d'achat passe-t-elle par la problématique des chiens errants?
Lundi matin, le directeur de la CAF, en accord avec l'intersyndicale de son personnel, avait décidé d'ouvrir ses bureaux afin de verser leurs allocations aux plus démunis. Il a été contraint de fermer en voyant débarquer plusieurs dizaines de militants du collectif qui ne toléraient pas l'ouverture de la caisse.
Et est-ce qu'on pense à tatie doudou en haut de son morne qui n'a plus rien chez elle, pas de voiture, pas de carte bleue pour aller tirer de l'argent et qui attend chaque jour que la poste ouvre pour récupérer quelques euros au guichet? Et aux enfants qui ont déjà raté un mois de cours? A leurs parents qui ne trouvent ni couches ni lait? Et aux travailleurs indépendants qui vont mettre la clef sous la porte? Et aux PME qui vont devoir licencier la moitié de leur personnel pour payer l'autre moitié?
Il n'est plus question d'un « suicide économique » évoqué en Guadeloupe, mais il s'agit bien d'un « assassinat économique » comme l'exprimait le président du Médef Martinique.
Quand je serai ministre de l'éducnat, les cours d'éco seront obligatoires dans le secondaire. Avant d'obtenir un diplôme de syndicalisme professionnel, un peu de réalisme économique ne fait pas de mal.