Tribulations d'une parisienne/eurasienne en Chine, dans la Caraïbe et ailleurs.
Moi: Bonjour Madame, avez-vous l'Archipel du Goulag de Soljenitsyne?
Vendeuse n°1: de qui ça?
Moi : Alexandre Soljenitsyne
Vendeuse n°1: je ne sais pas, demandez à ma collègue là-bas.
Moi: Bonjour Madame, avez-vous l'Archipel du Goulag de Soljenitsyne?
Vendeuse n°2: attendez un instant, je regarde (elle pianote sur son clavier).
Vendeuse n°2: vous m'avez dit quel titre?
Moi: l'Archipel du Goulag ou même le Pavillon des Cancéreux, si vous avez.
Vendeuse n°2: non, on a aucun des deux. Je vais essayer avec l'auteur. Comment il s'appelle déjà?
Moi: Soljenitsyne, Alexandre Soljenitsyne.
Vendeuse n°2: Ca ne me dit rien. Ca s'écrit comment?
Moi: ??
Moi: Vous ne connaissez pas Soljenitsyne?
Vendeuse n°2: non...
Moi: un prix Nobel de littérature quand même! Quand on travaille dans une librairie on devrait savoir ça! En plus, il est mort récemment et on en a beaucoup parlé dans les media.
Veudeuse n°2: non, non, jamais entendu parler.
Moi: ??? [Que dire, qu'ajouter?]
Dans ce magasin, les oeuvres complètes de tous les auteurs antillais sont bien entendu disponibles par dizaines et s'étalent sur plusieurs mètres de rayonnage. En revanche, seuls deux titres du prolifique Alexandre Dumas sont en vente. Quand à Chateaubriand, on ne peut espérer que le tome 2 des Mémoires d'Outre-Tombe et ça ne change pas depuis un an...
S'il est tout à fait normal de pouvoir lire et connaître les auteurs locaux, n'est-il pas non plus normal de pouvoir s'intéresser à des pontes de la littérature nationale et internationale?
D'autant que le prix du savoir ou du plaisir de la lecture est surtaxé en Martinique. Les bouquins valent en moyenne 1 à 4€ de plus que le prix indiqué en 4e de couv!
Grr... Va falloir que je passe à vente online, mais le charme de chiner dans les rayons disparaît...
Allez, je vous quitte avec un vieux chanteur réac, qui au moins connaît et chante Soljenitsyne:
Puisque l’un de vous a chanté Potemkine,
Moi je viens chanter Soljénitsyne.
Je dénonce les camps,
Les camps du temps présent,
Ignorés par les nouveaux bien-pensants.
(JPM)